De Twitter et du respect de la loi électorale

Posted on 02/04/2011

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C’est un débat  récurrent : à chaque élection, les résultats des bureaux de vote fermant à 18h tombent dès 18h45, une fois le dépouillement achevé. En complète contradiction avec la loi qui impose qu’aucun résultat ne doit être médiatisé avant 20h, heure de fermeture des derniers bureaux de vote dans les grandes métropoles nationales, afin de garantir la sincérité du scrutin.

Une situation hypocrite a toujours existé : dès les 1ères tendances lourdes et les premiers résultats définitifs connus, les élites en avaient connaissance par l’intermédiaire de proches présents dans chaque bureau. Ces informations circulaient par téléphone, puis par portable, aujourd’hui par smartphone. Mais les médias (qui disposaient de la même information si leurs journalistes politiques avaient bien fait en amont leur travail relationnel) attendaient l’heure fatidique imposée par la loi.

De sorte qu’il y a eu longtemps deux catégories de population : ceux qui savaient, s’en vantaient et délivraient au compte-gouttes des informations ressenties comme précieuses, et les autres, citoyens lambda, condamnés à l’attente.

Internet a changé la donne en deux temps pour ce qui est des élections en France. Et a « libéré » le citoyen lambda, le faisant accéder au fruit de la connaissance.

D’abord, les médias étrangers francophones (pour ne citer qu’eux) suisses, luxembourgeois ou belges disposant d’un site d’information sur internet et n’étant pas pris en compte par la loi française, délivraient les grandes tendances puis les premiers résultats. Un phénomène amorcé avant 2002 mais qui a été flagrant à l’occasion du scrutin présidentiel cette année-là avec l’annonce dès 19h d’un probable second tour Chirac-Le Pen avant même qu’un seul média français puisse faire état de ce résultat inattendu. Phénomène qui s’est amplifié et répété depuis. De telle sorte que plus personne désormais ne songe à attendre les médias français pour connaître les grandes tendances électorales de notre pays les soirs d’élections. Les médias suisses et belges notamment, constatant que leurs sites étaient pris d’assauts dès 18h30 anticipent désormais cette masse de consultations en provenance de notre pays.

Deuxième étape, l’apparition des réseaux sociaux et le développement du « journalisme citoyen » permettant à chacun de se sentir investit d’un pouvoir réservé hier à une élite : connaître et diffuser auprès de ses proches un résultat devant rester confidentiel jusqu’à l’heure légale.

Une situation particulièrement frustrante pour des journalistes qui disposent d’une information sure et qui ne peuvent la communiquer.

Cette frustration devait forcément aboutir à des dérapages de la part de la presse française.

Ce fut le cas lors de ces cantonales 2011 lorsqu’au soir du 2nd tour, vers 19h20, deux médias régionaux lorrains (pour ne citer qu’eux), dont l’un de service public (ce qui me paraît plus grave) n’ont pas hésité à donner sur Twitter, via leur compte officiel, des résultats définitifs sur des cantons lorrains importants. L’un d’entre-eux l’a fait clairement (son rédacteur en chef me l’a indiqué par la suite, en regrettant d’avoir ainsi tweeté) par frustration de voir des sites locaux annoncer ces même résultats. Et en a donc délivré trois.

Ma frustration identique, en tant que pilote web de la soirée électorale en Lorraine (disposant des mêmes informations), m’a poussé à donner un résultat sur mon compte twitter personnel. Et j’ai alerté, via notre compte pro, mes confrères du risque qu’ils prenaient à ne pas respecter la loi. Puis nous nous sommes concertés au sein de la rédaction sur la conduite à tenir. La réponse a été claire : on attend 20h mais on essaye ensuite de donner le plus vite possible l’ensemble des résultats et de les relayer le mieux possible sur les réseaux sociaux.

Cela n’a pas compensé la frustration.

Mais nous sommes un média de service public. Et si nous, nous ne respectons pas la loi, peut-être n’a-t-elle plus lieu d’être…

La solution ?

Elle me paraît simple (mais je me trompe peut-être…) et je ne comprends pas qu’elle n’a pas encore été adoptée : fermer tous les bureaux à la même heure !

Dès lors, l’annonce des résultats n’influerait en aucune façon « la sincérité du scrutin ».

Dans le cas contraire, il y a fort à parier que le nom des duettistes du 2nd tour de la présidentielle de 2012 (et du candidat élu au 2nd tour) sera sans doute connu dès 19h…